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Transforme le monde, Dieu, dans ta grâce

illustrations_Nicole_coe_logo_9emeassemblee_115« Transforme le monde, Dieu, dans ta grâce » Célébration avec enfants de 6 à 12 ans.
Conçue principalement avec des activités visuelles et tactiles sur le thème du World Council of Churches en sa 9e assemblée, février 2006, Porto Alegre.

Trois modules développés :

  • « Dieu, transforme-moi ! »
  • « Dieu, transforme mon regard sur les autres ! »
  • « Dieu, transforme le monde ! »
 
Transforme le monde,
Dieu, dans ta grâce
Si vous disposez de beaucoup de temps, les enfants parcourent les trois modules. Sinon, ils n’en font qu’un et récapitulent tous ensemble brièvement à la fin.
  • « Dieu, transforme-moi ! » Texte : 2 Jean 5

Lorsque je n’ai pas d’amour en moi, Dieu, change moi… Vivre selon tes commandements, c’est déjà aimer. C’est comme un mode d’emploi ! L’amour est bon pour celui qui le donne. L’amour est bon pour celui qui le reçoit. L’amour est sans fin, comme la flamme d’une bougie que l’on se partage sans qu’elle ne diminue.
Les enfants dessinent et décorent une église avec des craies, sur le sol. Lorsqu’ils ont fini, ils s’assemblent autour. Une grosse bougie stable est placée au centre, les enfants vont allumer une bougie style chauffe-plat qu’ils placent sur le dessin au sol.

Tous peuvent observer que la flamme ne faiblit pas lorsqu’on la partage. Il en est de même avec l’amour de Dieu ! Ce dont vous avez besoin : des craies, une grosse bougie stable, une petite bougie style chauffe-plat pour chaque enfant, un lieu adéquat, des lingettes pour essuyer les mains.

  • « Dieu, transforme mon regard sur les autres » Texte 1 Cor 13:12

Lorsque je crois tout connaître, et que je me contente de cette impression pour juger les gens et le monde qui m’entoure, je passe à côté de mille richesses…

Vous avez imprimé en A3 des images « à double entrée » que vous affichez (illusion de Zolner, flèches de Muller-Lyer, illusion de Hering, figure de Rubin, sorcière de Boring, canard lapin de Jastrow, cube de Necker, escalier de Schröder…) : exemples ici (format Word).
Les enfants ont beaucoup de plaisir à les observer !

Dans un grand carton fermé, juste troué pour laisser passer une main, placez un animal mystère. Fabriquez-le à partir de différentes matières, assez solide pour qu’il résiste aux tâtonnements des enfants. Les enfants devinent, au toucher, de quel animal il s’agit.
Toutes les solutions, aux images et à l’animal mystère sont données lors de la récapitulation finale. Nous avions caché un ornithorynque ! Et emporté des photos de l’animal réel pour les enfants incrédules !

illustrations_Marie_Pierre_ornitho
Dieu, transforme le monde »
Texte 1 Cor 12:12
Ce dont vous avez besoin : des copies A3 d’images à double entrée, un animal mystère dans un carton troué, une photo de cet animal dans la réalité.

C’est aussi à travers moi, enfant, croyant, que passent les changements du monde. Seul, je fais de petites actions, ensemble, nos forces sont unies. Personne n’est inutile.
Les enfants remplissent un récipient transparent, grand vase, aquarium, avec de gros cailloux. Il reste de la place. Ils mettent des plus petits cailloux. Il reste de la place. Ils mettent du sable. Il y a encore de la place… Ils peuvent encore ajouter un peu d’eau ! Il en est ainsi pour chacun d’entre nous : il y a toujours une petite place pour agir, et c’est ensemble que l’on remplit le récipient.
Proposez aux enfants d’agir selon leurs possibilités (envois de cartes d’Amnesty International, de l’ACAT, action dans la paroisse, dans le quartier…).

Ce dont vous avez besoin : un récipient transparent, des gros et petits cailloux, du sable, de l’eau, une balayette.

Prévoyez un moment de prière et un chant pour terminer ensemble cette célébration.

Crédit : Marie-Pierre Tonnon (EPUB), Point KT




Messagers de paix

Les activités se déroulent le long d’un fil rouge : le chant « Shalom » de Jude 25.
Quatre ateliers étaient proposés le matin, et un grand jeu d’extérieur l’après-midi, la journée terminée par une courte célébration.

Les activités étaient conçues pour une centaine d’enfants, divisés en quatre groupes. Il faut prévoir des lieux propices aux ateliers et un parcours promenade sécurisé pour le jeu. Chaque groupe passe dans tous les ateliers. Ceux-ci durent trente minutes. Chaque atelier commence par un petit jeu pour faire connaissance.

  • Atelier enquête : chasse au trésor à la recherche des premiers indices du grand jeu de l’après-midi
  • Atelier vocal : apprentissage du refrain (par tous les groupes) et d’un couplet différent par groupe
  • Atelier corporel : mime et partage
  • Atelier manuel : fabrication d’un mini rouleau de texte hébraïque

Les ateliers

  • Atelier enquête (afficher et lire le texte du premier couplet) : Il faut pour chaque groupe une image de colombe de la paix, sur laquelle est écrit le verset Esaïe 52, 7, plastifiée et coupée en quatre.
  • Au dos de chaque morceau, une clé de lecture différente pour les messages du grand jeu :
    • 1re clé : « Le verlan »
    • 2e clé : « Devinez les voyelles »
    • 3e clé : « a = 1 ; b = 2… »
    • 4e clé : « a = b ; b = c… »
    • Les enfants devront eux-mêmes choisir la meilleure clé pour les différents messages à décoder l’après-midi.
      Cachez les morceaux. Les enfants doivent les retrouver et reconstituer le puzzle de leur colombe. Un responsable garde ce puzzle pour l’après-midi.
  • Atelier vocal (afficher le refrain) : chaque groupe apprend le refrain et un couplet différent. A la fin de la matinée, le chant peut ainsi être chanté en entier, tous ensemble, chaque groupe étant responsable d’un couplet.
    Si possible, invitez des musiciens.
    Pour chaque groupe, commencer par apprendre d’abord le refrain. Puis le couplet ; avant de chanter, abordez-le à l’aide d’un jeu de décryptage : remplacez certains mots par un rébus, ou un code chiffré, ou un choix de mots (rigolos de préférence) parmi lesquels il faut trouver la rime. Subdivisez le groupe pour stimuler la recherche, puis corrigez en commun et apprenez la mélodie.
  • Atelier corporel (afficher et lire le texte du troisième couplet) : Matériel à rassembler avant l’atelier 50 biscuits, une grosse bougie, 100 petites bougies type chauffe-plat.
    Demandez aux enfants de mimer le couplet.
    Ensuite, mettez–vous en cercle. L’un s’avance et dit « J’en assez de… » Un deuxième fait de même (en donnant un ras le bol différent). Ils se donnent la main et disent « Ensemble on peut changer cela ! » Et ainsi de suite jusqu’à ce que tous aient pu s’exprimer.
    Distribuez enfin un biscuit à un enfant sur deux. L’injustice est flagrante ! « Comment changer cela ? » En partageant les biscuits.
    Mettez enfin une grosse bougie allumée au centre de l’espace. Et un panier avec les petites bougies (éteintes !). L’amour de Dieu est comme cette flamme : on peut la partager à l’infini, elle ne faiblit jamais… Invitez les enfants à allumer une petite bougie à la flamme centrale.
  • Atelier manuel (afficher et lire le texte du quatrième couplet) : Préparer en avance : 100 boîtes cylindriques à film photo avec couvercle (on en trouve du même type dans les hôpitaux), 100 textes photocopiés dans un format 4×10 cm, piques à brochettes, étiquettes blanches autocollantes format boîte, colle blanche, ciseaux, marqueurs, crayons.
    L’enfant roule un morceau de piques à brochette de 4.5 cm le long des côtés encollés à gauche et droite du texte. Après séchage, il enroule tout le texte, moitié par la gauche, moitié par la droite (comme un rouleau de la Torah) et le met dans la boîte.
    Décor de boîte : sur une étiquette autocollante, l’enfant écrit le mot שלוֺם (Shalom : paix) en lettres de couleurs. Il la colle autour de sa boîte.

Le grand jeu

Le grand jeu se fait au long d’une promenade en boucle, dont l’objectif est de mettre en place les meilleures conditions pour la rencontre de Jacob et d’Esaü.

  • Introduisez le jeu par un court récit d’après Genèse 25, 19 à 28. Les équipes reçoivent un message codé indiquant le premier lieu à atteindre. Elles doivent le décoder à l’aide de la clé de lecture convenant le mieux, au dos de leurs colombes. Elles reçoivent aussi deux lettres (voir plus loin).
  • Deux équipes démarrent le circuit par un côté, à quelques minutes de distance. Les deux autres équipes font de même par l’autre côté. Elles vont se croiser. Aux croisements, elles échangent des lettres de nouvelles (identiques pour chaque groupe). La première lettre annonce la vente des droits d’aînesse Genèse 25, 29 à 34. La situation est tendue entre les frères Jacob et Esaü ; les enfants sont appelés à être « Messagers de paix » en rassemblant des cadeaux (fleurs, beaux cailloux, fruits des bois, chants, danses, poèmes…) en vue de la réconciliation.
    La deuxième lettre explique comment les choses se sont aggravées d’après Genèse 27, 1 à 41. Esaü veut tuer Jacob… Il faut encore plus de cadeaux !
  • A l’occasion des croisements d’équipes, organisez des joutes amicales (combats de ballons baudruches, tir à la corde, courses de sacs…).
  • Les autres étapes de la promenade sont indiquées au fur et à mesure, avec d’autres messages codés à déchiffrer selon les autres clés de lecture.
  • Si le terrain s’y prête, organisez une halte-collation dans un « oasis de paix ».

A la fin du jeu, les équipes ont bouclé la boucle et se retrouvent pour le grand moment de la réconciliation.

Célébration : la réconciliation d’après Genèse 32, 2 à Genèse 33, 15

illustrations_Marie_Pierre_redimensionnement de baiser2okEsaü (un.e anim’) est là. Il attend son frère. Il n’est vraiment pas content !
En groupes, les enfants vont lui apporter des cadeaux qu’ils ont ramenés de la promenade. La célébration finale est centrée sur le chant « Shalom », chanté en entier par tous les enfants. Enfin arrive Jacob (un autre moniteur ou monitrice). Les retrouvailles des deux frères sont heureuses, et les enfants peuvent une dernière fois chanter « Shalom ».

Shalom
Jude 25. « Les inoubliables-Je veux vivre » Vol 4. INCD 504 Séphora musique

1.    Le monde est triste plus rien ne va,
Partout il y a les bruits d’un combat.
Oh ! je voudrais bien la retrouver,
la paix, la paix…

REF Shalom, Shalom, quand viendra la paix sur tous les hommes ?
Shalom, Shalom, nous la voulons cette paix, Shalom !

2.    Que sera demain pour ces enfants
qui se retrouvent sans papa ni maman ?
Oh ! que j’aimerais qu’ils connaissent,
la paix, la paix…

3.    Y a des gens qu’ont faim, ils n’ont plus rien,
On leur a enlevé tout ce qu’ils avaient.
Des enfants qui meurent, des parents qui pleurent,
J’en ai assez !
illustrations_Marie_Pierre_badge_colombe
4.    Si tout le monde pouvait s’aimer
Si chacun voulait se donner la main,
alors on pourrait vivre enfin
En paix… en paix !

 

Crédit : Point KT




Le rap d’Elie

illustrations_Nicole_ladies_rap_225

Salut / Salut !
On va vous raconter
L’histoire pas inventée
De la veuve et d’Elie

Y avait rien à manger
Et les gens avaient faim
La sécheresse a frappé
Y avait vraiment plus rien ! Quelle misère…

illustrations_Nicole_breakdance_225Et Dieu dit à Elie
« Va donc à Sarepta,
La veuve près du puit
Du pain te donnera. »

« Elie comment veux-tu
Que je te donne du pain ?
D’la farine y en a plus
Et nous mourrons demain ! » Quelle misère !

« Accueille-moi chez toi
Fais cuire un peu de pain,
Tant qu’la famine durera
Tu n’en manqueras point… »

Après un certain temps
Le fils tomba malade
Plus du tout bien portant
C’est pas d’la rigolade ! Quelle misère !

Il est resté sans vie
Couché sur son matelas
Au désespoir d’Elie
Qui à Dieu s’adressa :

« Comment as-tu permis
Que tombe dans le deuil
Cette veuve si gentille
Qui m’a fait bon accueil ? Quelle misère…

illustrations_Nicole_rap_boy_225

Alors Dieu qui est bon
Entendit la prière
Il guérit le garçon
Et le rendit à sa mère.

Vous l’voyez Dieu nous donne
Ce dont on a besoin,
Quand la prière est bonne
Il ne nous lâche point… Quel bonheur !

Crédits : Ange N’, Rose S, Marie-Pierre TONNON




L’objectif pédagogique

L’Objectif Pédagogique, OP, qu’est-ce que c’est ? Pourquoi en parler ? Comment s’en servir ? Trop souvent confondu avec le vœu pieux : « J’aimerais leur apprendre ceci et cela », l’objectif pédagogique définit une ou plusieurs actions concrètes, bien visibles, évaluables, que les enseignés seront capables de réaliser à un ou plusieurs moments, tout au long et à la fin d’une leçon, en réponse à un enseignement donné.

L’OP s’exprime en verbes d’actions, conjugués au présent. Par ex : l’enfant coupe, il colle, il peint… Distinguez pas à pas chaque objectif ponctuant votre séance. La réalité va se présenter à vous « par avance » : l’enfant coupe… avec des ciseaux, un cutter, en déchirant ? Il peint… librement, avec ses doigts, un pinceau ? Tous les enfants seront-ils capables de réaliser ces actions ou faut-il prévoir des objectifs différents en fonction des âges, des capacités ? Quel sera l’objectif final, global de la séance ? Quelle action ou réalisation palpable verrez-vous en fin de parcours ?

Cette méthode du « pas à pas » vous aide à prévoir au mieux ce qui va réellement se passer. Cela est très utile lorsque l’on débute ! Utile aussi lorsque l’on construit une leçon qui sera donnée par une autre personne. Et surtout, vous pourrez constater si vos objectifs pédagogiques sont réalisés.
L’OP global de la séance est théoriquement atteint si l’ensemble des OP secondaires le sont.
Distinguez les performances (verbe d’action), les conditions (adverbe), et les critères (adjectif).
Par ex : l’enfant récite le verset (performance) par cœur (condition) de façon audible par toute la communauté (critère). C’est le critère qui démontrera si le minimum fixé dans l’OP est atteint : si l’enfant réussit à réciter son verset par cœur de façon audible, alléluia ! Si l’enfant a bien récité mais que personne n’a entendu, l’objectif n’est pas atteint !

 Quand l’abstrait devient concret…
En catéchèse, la difficulté réside dans la réalisation d’objectifs pédagogiques concrets… à partir de notions abstraites ! Dès lors, à vous d’imaginer les signes visibles d’une acquisition invisible !

Des exemples d’actions concrètes : identifier, lire, recopier, réciter un verset biblique ; partager un biscuit, un paquet de bonbons ; marcher les yeux bandés avec un guide ; allumer une bougie et transmettre la flamme à la bougie du voisin… Ce que l’on considère comme un bricolage, un petit jeu, ou une accroche, répond aux attentes des objectifs pédagogiques.

Dans la préparation d’une leçon, les OP concrets et réalistes doivent être écrits. Ils sont brefs, économes en mots, utiles à la progression et à l’évaluation. Ils peuvent être hiérarchisés en fonction de leur importance dans la réalisation de l’OP final. Bannissez du vocabulaire des OP des mots tels que « savoir, comprendre, saisir le sens, croire… » et préférez « écrire, construire, comparer, réciter… »

Evaluez : vos objectifs pédagogiques ont-ils été clairement élaborés ? Ont-ils tous été réalisés ? Ont-ils tous été utiles ?

Le niveau minimum attendu a-t-il été atteint ?

Bien construit, l’objectif pédagogique est un outil performant à disposition de l’enseignant.

Pour en savoir plus, un livre de conseils et d’exercices : « Comment définir les objectifs pédagogiques » de R.F. MAGER, Ed. Bordas Paris, 1977. ISBN 2-04-003345-9

Crédit : Point KT, Photo Pixabay




Petit conte théologique et écologique sur la Création

 Il y a quelques jours, tandis que je méditais à propos de la création en vue d’une prédication, je me suis endormie, sur mon bureau. Le sommeil s’étant soudain emparé de moi, je ne tardais pas à entrer dans un drôle de rêve…
Je me retrouvais, tout à coup, dans une immense salle toute molletonnée qui ressemblait un peu à un grand tribunal.

A l’intérieur de cette salle, régnait une étrange agitation – je devrais plutôt dire une « sainte » agitation : il y avait des tas d’anges un peu partout, en grandes tenues, les ailes bien repassées, des archanges aussi, toute une ribambelle de témoins et d’apôtres que je reconnaissais à leur air béat, et puis aussi, ici ou là, quelques diablotins qui s’en donnaient à cœur joie pour mettre un peu plus la pagaille.

Tout à coup, on entendit le lourd marteau du juge retomber sur sa table, faisant un bruit sec et puissant, plusieurs coups jusqu’à ce que le silence s’impose. Le juge, qui était un vieil ange très sage et reconnu, se leva et dit : « Accusé, levez-vous ! »
On vit alors un petit bonhomme rondouillard et chevelu se lever de sa chaise, derrière le banc des accusés.
– Votre nom ? – Dieu
– Prénom ? – Le Père
– Profession ?
– Créateur et sauveur
– Domicile ?
– Où bon me semble…
– Vous pouvez vous rasseoir ! Nous allons procéder maintenant à l’audition des faits qui vous sont reprochés.

– Je demande à l’accusation de bien vouloir s’avancer.

Un petit ange rabougri, au teint rougeâtre et aux doigts un peu crochus se présenta devant le juge. Il portait un chapeau et ses ailes, qui étaient déjà d’un blanc douteux, perdaient beaucoup de plumes.
II prit la parole et dit : « Après avoir soigneusement écouté et recueilli les très nombreuses plaintes émanant de la terre, nous avons retenu les suivantes : votre création, Seigneur, montre un certain nombre de défauts et d’irrégularités qui sont à l’origine de multiples maux sur la terre. L’air que vous avez créé est pollué, aussi de nombreux hommes et femmes se plaignent-ils de bronchites, d’asthmes et de cancers. La couche d’ozone étant trouée, les rayons du soleil sont devenus dangereux. Certaines espèces que vous aviez créées sont en train de disparaître et l’on ne trouve pas les pièces de rechange pour réguler l’écosystème. Les forêts ont une fâcheuse tendance à rapetisser, il semble qu’elles soient touchées par un parasite très puissant appelé « béton ». Les vaches et d’autres animaux sont devenus fous. »

On fit alors venir toutes sortes de témoins et de pièces à conviction une femme avec un bébé qui toussait, une vache complètement folle dingue qui se prenait pour un mouton, un indien d’Amazonie qui disait avoir perdu sa forêt, des morceaux de béton et de plastique… Le défilé était accablant.
L’accusateur, profitant de la consternation générale, reprit la parole : « Oui vraiment, Monsieur le Créateur, qu’avez-vous à dire à tout cela ? »
II y eu un grand silence dans la salle et tous les regards se tournèrent alors vers Dieu.
Celui-ci se leva et dit :
– « Au commencement, lorsque j’ai créé le ciel et la terre, il n’y avait rien, aucune vie possible dans ce chaos originel : ni air, ni terre, ni mer, ni eau.
Certains d’entre vous doivent encore s’en souvenir. Au commencement, lorsque j’ai créé, je n’ai eu qu’un seul souci : la vie. Oui, je voulais que la vie puisse naître et s’épanouir sur cette planète, la vie végétale et la vie animale bien sûr, mais surtout la vie humaine. C’est pourquoi, j’ai créé l’air, l’eau, le ciel et la mer, la terre et puis les arbres. J’ai créé les espèces pour qu’il y ait de tout sur cette terre, pour que la vie ne soit pas ennuyeuse mais variée, colorée, pleine de surprise, pour qu’elle se renouvelle et se régénère.
Et puis, quand tout cela a commencé à ressembler à quelque chose, à quelque chose de bon, j’ai créé l’homme. Je l’ai créé à mon image, pour qu’il soit mon vis à vis dans la création, pour qu’à ma suite il crée, mette de l’ordre, fabrique et transforme le monde. Je lui ai donné du jugement pour qu’il soit capable de reconnaître ce qui est bon de ce qui ne l’est pas. Et puis je l’ai laissé libre d’administrer ma création comme bon lui semblerait. Aujourd’hui, je dois bien reconnaître que cette liberté a un prix, et les hommes oublient bien souvent de me rendre des comptes. »

A ce moment-là, je vis l’ange accusateur trépigner sur son siège, devenant de plus en plus rouge. D’un bond, il se redressa, agitant son doigt accusateur.

– « Et voilà, nous y revoilà, c’est toujours la même chose. Combien de fois ne vous ai-je pas dit de ne pas faire confiance à vos créatures. Ce ne sont que des créatures, bon Dieu ! Hommes, femmes, cochons, moustiques… Des créatures… Comment pouvez-vous leur faire confiance ? Ils vont finir par tout détruire, les hommes. Ils passent leur temps à se plaindre mais en réalité ce sont eux qui sont responsables des dégâts. Et vous, oui VOUS, vous êtes coupables de leur faire confiance. Ce n’est pas la première fois, on vous l’avait déjà dit lorsque vous avez envoyé votre Fils au casse-pipe… »
De nouveau, les regards convergèrent vers le Seigneur. Qu’allait-il répondre à une telle accusation ?
II y eut d’abord un grand silence. Dieu ne dit rien. Puis il se leva, vint au milieu de la salle dont le sol était fait de nuages agglomérés, et il commença à creuser dans les nuages. II fit un trou, puis il appela les jurés pour qu’ils se penchent au-dessus.

Le trou qu’il avait creusé permettait de voir un jardin sur la terre, quelque part en Amérique du Sud, II y avait là un petit garçon en train de planter un arbre dans la terre, soigneusement, avec ses mains. Quand il eut fini, il remplît un seau d’eau et arrosa son arbre.

Et il resta planté à côté de lui, émerveillé et fier. Ce fut un grand moment d’émotion dans le tribunal.

Alors Dieu reprit la parole et dit :
– « Oui, je plaide coupable ! Car chaque fois que je vois un enfant planter un arbre, ou des hommes et des femmes prendre soin de la création, chaque fois que je les entends rendre grâce pour cette terre sur laquelle ils vivent, je me dis que j’ai raison d’avoir confiance et d’aimer l’humanité. »
II y eut d’abord quelques timides applaudissements, puis des hourras, et rapidement l’enthousiasme gagna tout le tribunal. L’accusateur profita de cet instant de liesse générale pour filer à l’anglaise.
C’est alors seulement que je vis dépasser sous sa robe d’ange jaunie, un petit bout de queue toute noire et velue…
Caroline BAUBÉROT (EELF), Noisy le Grand
PointKT octobre novembre décembre 1998 N° 24



La mort de Jésus selon Luc

Analyse historique : comment je peux tenir compte, dans ma lecture du texte biblique, de l’événement historique et, toujours du point de vue historique, de la situation de l’auteur et des destinataires du texte ? Exemple avec la mort de Jésus.

 

Les héritiers de Paul racontent la mort de Jésus

La mort de Jésus de Nazareth est, sans aucun doute, un fait historique. Il fut crucifié sous l’autorité du gouverneur romain Ponce Pilate. Néanmoins l’époque, plus tardive, où l’évangéliste Luc a rédigé son récit influence également le texte biblique.

L’évangile de Luc est issu des milieux pauliniens. Cette analyse historique tient compte de deux niveaux :
– celui de l’époque où l’évangéliste a rédigé son texte
– celui des évènements racontés.

Situation historique au temps de Luc

En 70 de notre ère, les troupes romaines achèvent de mater la révolte des juifs déclenchée en 66. Ils prennent Jérusalem et détruisent le Temple. Pour le judaïsme, centré sur la vie autour du lieu saint, c’est une catastrophe. Les Romains autorisent des pharisiens à ouvrir une école théologique pour reconstruire le judaïsme, évitant ainsi sa disparition. Mais les groupes dissidents, à commencer par les disciples de Jean-Baptiste et les chrétiens, ont dû quitter les synagogues.
Les communautés issues de la prédication de l’apôtre Paul sont déjà en marge du judaïsme. Elles veulent affirmer leur légitimité et prouver que le ministère de Jésus et des disciples s’enracine dans la tradition biblique d’Israël, c’est-à-dire l’Ancien Testament dans sa version grecque (Septante). Lorsque Luc rédige son évangile, le grec est la langue de la culture et du commerce. L´Écriture sainte des juifs étant composée à l’origine en hébreu, il fallait la traduire en grec pour permettre à un maximum de personnes de la comprendre. Elle est nommée « Septante » car selon une légende, soixante-douze savants (6 par tribus de l’ancien Israël) auraient mis soixante-douze jours à faire cette traduction et seraient arrivés à un texte unanime. Les versions grecque et hébraïque divergent parfois. Luc, comme l’apôtre Paul avant lui, se basent sur la version grecque. Largement ouvertes aux non-juifs, elles demandent aux juifs de choisir entre la synagogue, dominée par les pharisiens, et le christianisme naissant.

Le plan du texte

Le découpage peut se faire d’après les trois paroles de Jésus.
1. Jésus est mis sur la croix
Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font.
2 Deux malfaiteurs parlent à Jésus
En vérité je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis.
3. Jésus meurt
Père, je remets ma vie entre tes mains.

La dernière parole de Jésus s’adresse à Dieu en lui disant « Père » exactement comme lors de sa première parole (Luc 2, 49).

Jésus est cloué sur une croix

Luc 23, 33 à 49
(traduction en français fondamental)
Eléments historiques relatifs à l’époque où Jésus est crucifié
Ils arrivent à l’endroit appelé « le crâne ». Là, les soldats clouent Jésus sur une croix. lis clouent aussi les deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Jésus dit : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » Les soldats tirent au sort pour savoir qui aura ses vêtements. Puis, ils les partagent entre eux. Le peuple est là et il regarde. Croix
Instrument de supplice cruel car le condamné meurt lentement d’asphyxie.
Seuls les Romains crucifient.
Jésus a été condamné par les Romains.
Les chefs des juifs se moquent de Jésus en disant : « Il a sauvé les autres. Eh bien, il n’a qu’à se sauver lui-même, s’il est vraiment le Messie, celui que Dieu a choisi ! » Les soldats aussi se moquent de Jésus. Ils s’approchent de lui et lui offrent du vinaigre en disant : « Si tu es le roi des juifs, sauve-toi toi-même ! » Au-dessus de Jésus, on a mis une pancarte avec ces mots : « C’est le roi des juifs. » Pancarte
L’inscription INRI figurant sur la représentation de la croix s’inspire de l’évangile de Jean :
Iesus Nazarenus Rex Iudaecrum
(Jésus de Nazareth Roi des juifs).
Elle désigne une condamnation
plus politique que religieuse.

 

Deux malfaiteurs parlent à Jésus

Un des bandits cloués sur une croix insulte Jésus en disant : « Tu dis que tu es le Messie. Alors sauve-toi toi-même et sauve-nous aussi ! » Mais le deuxième bandit fait des reproches au premier en lui disant : « Tu es condamné à mort comme cet homme, et tu ne respectes même pas Dieu. Pour toi et moi, la punition est juste. Oui, nous l’avons bien méritée, mais lui, il n’a rien fait de mal ! » Ensuite il dit à Jésus : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras comme roi. » Jésus lui répond : « Je te le dis, c’est la vérité, aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis. »  Bandits
Les romains crucifient souvent
beaucoup de personnes en même temps.

 

Jésus meurt

Quand il est presque midi, le soleil s’arrête de briller. Dans tout le pays, il fait nuit jusqu’à trois heures de l’après-midi. Le rideau qui est dans le Temple se déchire au milieu, en deux morceaux. Jésus pousse un grand cri, il dit : « Père, je remets ma vie dans tes mains. » Et après qu’il a dit cela, il meurt. L’officier romain voit ce qui est arrivé, et il dit : « Gloire à Dieu ! Vraiment, cet homme était un juste ! » Beaucoup de gens sont venus pour voir ce spectacle. Ils voient ce qui est arrivé. Alors, tous rentrent chez eux ; pleins de tristesse. Tous les amis de Jésus et les femmes qui l’ont accompagné depuis la Galilée se tiennent assez loin. Ils regardent ce qui se passe. Rideau
Il isole le Saint des Saints. Seul le grand prêtre a le droit d’y pénétrer une fois par an. Lorsque Luc écrit, le Temple est détruit, mais Pour lui ceci n’est pas une catastrophe :
depuis la mort de Jésus, le bâtiment sacré n’est plus nécessaire pour vivre avec Dieu.

 

Influence d’une situation historique

Les problèmes des lecteurs de Luc : comment le crucifié peut-il être Dieu ?
Pour expliquer l’échec terrestre du ministère de Jésus, le rédacteur de l’évangile de Luc, issu de ces milieux, présente Jésus en martyr injustement condamné comme le fut jadis le serviteur souffrant décrit par le prophète Ésaïe.

Dans chaque partie, l’évangéliste place un témoignage prouvant le martyr injuste de Jésus. II prend soin de montrer qu’il existe des païens hostiles (v. 36-37, 1re partie) et des païens ouverts (v. 47, 3e partie). Les chefs méprisent Jésus et le peuple reste à convaincre (v. 35c, 1re partie). Le peuple pourrait se montrer favorable à Jésus et les amis du Seigneur le suivent jusqu’au bout (v. 48 et 49, 3e partie).

La seconde partie du texte biblique présente clairement le dilemme :
– soit se moquer de la croix comme les personnages de la première partie et le premier bandit.
– soit reconnaître le Christ comme les personnages de la seconde partie et le second bandit.

Pour les lecteurs de Luc, c’est l’heure du choix

Partie 1  Les soldats tirent au sort
Le peuple regarde : respect
La victime de l’injustice pardonne
CHOIX
Rire de la folie de la croix ou se convertir ?
Indétermination : indifférence des soldats et respect, sans plus, du peuple
Partie 2 Les soldats se moquent
Dérision d’un des brigands
Reproche du deuxième brigand
La victime de l’injustice reconnue par le témoignage des brigands
Demande du brigand à Jésus
La conversion entraîne l’entrée immédiate
dans le Royaume
CHOIX
Rire de la folie de la croix ou se convertir ?
Moitié/moitié : un brigand se convertit l’autre non.
Partie 3 Les éléments cosmiques se manifestent
Le temple connaît un ébranlement
La victime de l’injustice reconnue par le témoignage de l’autorité
L’officier païen s’ouvre au message de Jésus (contrairement aux soldats)
CHOIX
Rire de la folie de la croix ou se convertir ?
Le choix est clair : les éléments cosmiques et l’autorité choisissent la conversion.

 

Télécharger l’article la mort de Jésus

Dossier préparé par Claude Demissy et Évelyne Schaller / PointKT n° 45 mars-avril-mai 2004




Introduction à la théologie de la création

I) LES RÉCITS DE LA CRÉATION

1. Les deux premiers récits de création
Les premiers chapitres de la Genèse présentent deux récits de la création.
Dans le récit de Genèse 1, le cadre cosmique est créé avec en son centre la création de l’homme. Il s’agit d’une vision apaisée de la création où les combats divins sont absents. La création se fait par la parole. Dieu dit et les choses se font. Dieu ne crée pas à partir de rien mais à partir d’un tohu-bohu. Il sépare lumière et ténèbres, les eaux d’en haut et les eaux d’en bas. La création se fait par la séparation. Les trois premiers jours, il crée un ordre contre le chaos, ordre qui garantit la vie. Les rois autres jours, il crée l’homme et le vivant.
La création est bien différente de Dieu. Elle n’est pas d’essence divine mais bonne et bénie de Dieu. L’homme est le seul à être créé à l’image de Dieu et à recevoir une fonction (dominer les animaux). La domination de l’homme est accompagnée de limitations et de responsabilités à l’égard de la création.
Le récit de Genèse 2 et 3 est très différent. Ici, Dieu apparaît comme un potier qui façonne l’homme avec de l’argile. Le cadre n’est pas cosmique, mais celui d’un jardin appelé paradis. Les sexes sont différenciés tandis que dans Genèse 1, mâle et femelle, il les créa. Le récit de Genèse 2-3 se présente comme une histoire avec une intrigue.

2. Le déluge, un récit de dé-création

Le récit du déluge met en contraste le monde projeté par Dieu et le monde réel, une Terre corrompue et remplie de violence. Or la violence est retour au chaos. Dieu en tire les conclusions et souhaite effacer sa création. Le déluge est retour à un chaos primordial. Le premier acte créateur ne fut-il pas de séparer les eaux ?
Le déluge est jugement de Dieu par lequel il confronte les humains à leurs actes et non châtiment. Il n’est pas une simple catastrophe naturelle qui ne dit rien, mais souligne le destin commun de l’humanité. Le récit du déluge nous appelle à plus de lucidité et de responsabilité vis-à-vis de la création. Noé en faisant entrer dans l’arche un couple de chaque espèce, rappelle la responsabilité de l’homme à l’égard de la création.

3. Des récits isolés

Le passage de 2 Maccabées 7,28 (Regarde le ciel et la terre, contemple tout ce qui est en eux et reconnais que Dieu les a créés de rien.), a servi à défendre l’idée de création ex nihilo. D’autres textes font la louange de la création et du Dieu créateur comme les psaumes 33 et 136.
Certains récits bibliques rappellent le combat de Dieu pour sa création contre le retour du chaos primordial, comme en Job 38-42 ou dans le psaume 74.
En Proverbe 8, la sagesse préside à la création.
En Colossiens 1,15-20, le Christ inaugure une nouvelle création.
II) LES PRINCIPAUX CONCEPTS DE LA THÉOLOGIE DE LA CRÉATION

1. La creatio ad extra
La création est un pur don de Dieu en dehors de lui-même (en latin ad extra). Dieu crée en se retirant. La théologie de la création a « démythologisé » le monde. Dieu n’est plus dans les sources, les arbres et autres éléments de la nature. Le monde créé n’est pas Dieu. La distance entre Dieu et sa création évite le panthéisme, fonde pour l’homme la possibilité d’être libre et autonome et rend possible la relation entre Dieu et sa créature.

2. Dieu, causa causarum
L’action de Dieu ne doit pas être identifiée à une cause physique mais comme causa causarum, c’est-à-dire comme la cause des causes. Cela signifie qu’au-delà d’une cause identifiable par la raison, il y a une cause
qui nous est inaccessible et primordiale.

3. La creatio ex nihilo
La création ex nihilo ne peut être pensée, car la création du monde se fait alors avec la création du temps. La première conséquence est que l’on ne peut se représenter un avant la création ! La seconde conséquence est que la création du temps place la créature dans un monde corruptible et changeant. La creatio ex nihilo contredit la création à partir d’une matière préexistante comme dans le livre de la Genèse. La création comme mise en ordre du chaos, présuppose l’existence d’un avant la création, ce qui est inconcevable dans le cadre de la création ex nihilo.

4. La creatio continua

La théologie chrétienne distingue la création originelle, la création continuée et la création accomplie dans le royaume. La creatio continua est conservation de l’univers. Dieu n’abandonne pas sa création mais reste présent à travers sa providence. Le Dieu créateur continue à soutenir sa création, en particulier face au chaos qui menace toujours.

5. Le Christ cosmique
L’hymne au Christ de l’épître de Paul aux Colossiens a fortement influencé la théologie du Christ cosmique. Ce Christ cosmique dépasse le Christ historique. Il est le premier né et le fondement de toute la création. Aujourd’hui, il est le médiateur de la création. Il anime et vivifie le monde. Il annonce aussi, par sa résurrection, la création nouvelle, celle du royaume de Dieu.

Crédit : Nicole Vernet – Point KT




Quand la famille ne tourne pas rond

Un enfant amorphe, un enfant surexcité, un enfant qui détruit… cela existe aussi dans nos Eglises. Comment agir ? Réagir ? Coopérer ? L’enfant arrive en catéchèse avec certaines attentes et parfois déjà de mauvaises expériences de vie. Le moniteur, lui, a en vue des objectifs qu’il voudrait atteindre et donc des attentes vis-à-vis de l’enfant.
Dans quel but votre Eglise locale a-t-elle mis sur pied une catéchèse, une école du dimanche… ? Les réponses à cette question orienteront le « contenu » de la catéchèse et la manière dont le groupe d’enfants sera perçu.

Qu’est-ce que la catéchèse ou l’école du dimanche veut apporter aux enfants qui lui sont confiés ? Il est important de recentrer les enseignements et les activités sur la nécessité de connaître personnellement Jésus, plutôt que de faire de jolies petites têtes pleines de beaucoup de connaissances bibliques. Et si l’enseignement biblique est indispensable, il ne faut pas oublier non plus que les enfants ont besoin de jouer, de dessiner, de s’exprimer.
Oui, les enfants ont besoin qu’on leur permette d’être vivants, pleins d’énergie et de capacités. Mais ils ont aussi besoin de limites. Il est assez rare que ces limites soient clairement exprimées par les moniteurs. Parfois ce n’est pas nécessaire. Mais il n’est pas rare de rencontrer des enfants qui n’ont pas de limites, ou qui en ont des mauvaises. Ces enfants perturbent les réunions et les relations avec leurs moniteurs peuvent être très difficiles.
C’est pourquoi il est bon de poser clairement les limites de ce qui est permis et de ce qui ne l’est pas : tout le monde ne parle pas en même temps. Il est interdit de sortir sans avoir demandé la permission à un adulte. Peut-on boire, manger des bonbons ? Si oui, à quel moment ? Que faire s’il surgit un conflit, avec un autre enfant, avec un moniteur, avec un autre adulte de la communauté ? Si l’enfant a un besoin particulier, à qui peut-il en parler ? Et à quel moment ?

Vous avez dit « dysfonctionnelle » ?

Que se passe-t-il lorsque l’on parle de la famille et de Dieu le Père à un nombre de plus en plus grand d’enfants provenant de familles monoparentales ou recomposées. En cas de séparation, c’est souvent la mère qui reçoit la garde de l’enfant. Le père est moins présent, voir absent des relations avec l’enfant. D’autres enfants proviennent de couples où il y a eu des problèmes d’alcool, de violence, d’abus…
L’image que ces enfants ont de l’autorité – et souvent du père – est difficile à concilier avec une image positive de Dieu le Père. En réalité, ils transfèrent sur Dieu l’image de leur propre père, avec ses qualités et ses défauts, et ils s’imaginent Dieu le Père autoritaire, sans amour, dur, sévère, critique, exigeant, violent… Ces images que les enfants se sont faites sont plus puissantes que tout ce qu’on peut leur enseigner sur Dieu le Père. Et ce n’est que par une écoute attentive de chacun d’eux que l’on peut, petit à petit, les amener à accepter Dieu comme un père parfait.

Mais qu’est-ce donc qu’une famille dysfonctionnelle ?
Une famille dysfonctionnelle est une famille où une des personnes au moins vit un problème grave et durable. Le dysfonctionnement de la famille peut être plus ou moins grande selon la capacité des membres de gérer la situation d’une manière saine. Mais souvent, la famille essaye de cacher le problème car il génère beaucoup de honte. C’est le cas de toutes les familles où sévissent l’alcoolisme et la drogue, où un membre de la famille est régulièrement en dépression ou sous l’emprise de médicaments, mais aussi de familles qui, à première vue, n’ont pas trop de problèmes, mais où l’un des parents est absent (décès, divorce), où le père (la mère) ne vit que pour son travail, où un parent est excessivement critique et sévère, violent en paroles ou en actes, abusif.

Signes et indices

Voici quelques caractéristiques d’une famille dysfonctionnelle :

  • il y a peu ou pas de communication
  • les sentiments sont refoulés
  • les attentes restent secrètes
  • les relations sont embrouillées
  • il y a de la manipulation et du contrôle
  • l’échelle des valeurs varie selon les personnes et les circonstances
  • les attitudes sont rigides
  • l’atmosphère est tendue
  • on s’accroche aux vieilles traditions
  • les maladies chroniques sont fréquentes
  • il y a de la jalousie et des soupçons
  • on établit des relations de dépendance
Dans une famille fonctionnelle par contre :

  • la communication est ouverte
  • on exprime ses sentiments
  • les règles sont claires et explicites
  • l’individu est respecté
  • on respecte la liberté de chacun
  • il y a ouverture d’esprit
  • on crée de nouvelles traditions
  • l’atmosphère est agréable et détendue
  • les gens sont davantage en santé
  • l’amour et la confiance règnent
  • on encourage l’autonomie et l’épanouissement.

(extrait de la page d’accueil de EADA www.eada.qc)

Il apparaît, en examinant ces deux listes, qu’un enfant vivant dans un contexte dysfonctionnel aura beaucoup de mal à s’intégrer dans un contexte « normal ». Soit qu’il s’y intégrera trop bien, pour satisfaire les attentes qu’il pense que les gens ont de lui. Soit que, ne pouvant s’intégrer, il va tout faire pour rester « en dehors ». Ce sera soit l’enfant trop sage, trop calme qui cherche toujours à faire plaisir, soit l’enfant perturbateur et rebelle.

Patience et longueur de temps !

Ces enfants ont appris trois règles : ne parle pas (surtout pas de ce qui se passe à la maison), ne fais confiance à personne, ne ressens rien. Une famille dysfonctionnelle peut donc avoir des enfants qui seront « trop bien » (la parfaite petite maman, le premier de classe, celle qui est toujours prête à aider, celui qui fait rire tout le monde…) ou d’autres qui seront en rébellion (celui qui fait tout de travers, qui ne fait que des bêtises, qui n’obéit pas, qui démolit ce que les autres ont fait…). Ces enfants ont avant tout besoin d’être écoutés et acceptés tels qu’ils sont. Une aide psychologique peut s’avérer nécessaire.
En ce qui concerne la catéchèse ou l’école du dimanche, ceux qui réagissent en étant trop parfaits ne poseront qu’un minimum de problème au moniteur, même s’il est souhaitable que celui-ci connaisse les raisons de cette attitude hyper positive de l’enfant à son égard.
Pour les enfants difficiles, il faudra énormément de patience, prendre du temps pour les écouter, leur apprendre petit à petit à modifier les règles qu’ils ont apprises à la maison, ou au moins à faire la différence entre les règles de la maison et celles de l’église… Et surtout, placer des limites.
A ce sujet, il est bon de prendre l’enfant à part, de lui expliquer posément les limites que vous souhaitez, de voir ce qu’il en pense, éventuellement d’en modifier certaines d’un commun accord. Déterminez avec l’enfant quelles seront les conséquences s’il ne respecte pas ces limites. Attention, il ne faut pas permettre aux autres enfants de franchir ces limites !
Ce problème dépasse bien sûr le cadre de la catéchèse. Il faudra parfois demander l’aide du pasteur ou d’une personne qualifiée au sein de l’église pour arriver à intégrer d’une manière saine l’enfant ou les enfants issus de familles dysfonctionnelles. Mais c’est une chose réalisable. Voir l’enfant évoluer. Lui apprendre à exprimer des sentiments, des idées, à respecter des directives… Lui faire confiance et lui apprendre à faire confiance. Voilà la plus belle récompense pour le moniteur dont la patience est si souvent mise à rude épreuve.

Crédit : Marie-Pierre Tonnon (EPUB), Point KT, photo Pixabay




Jésus prie avant de mourir

La prière de Jésus avant son arrestation, Marc 14.32 à 41.

Ce soir, après le repas, Jésus va dans le jardin de Gethsémané pour prier. Funeste erreur. Judas connaît l’endroit et va s’y rendre également avec une troupe. Jésus vit ses derniers instants de liberté et… il a peur. Selon les évangiles de Matthieu, Marc et Luc, Jésus est allé prier dans le jardin de Gethsémané. La troupe emmenée par Juda le trouvera là et l’arrêtera. L’évangéliste Jean confirme sans rapporter cependant les paroles formulées par Jésus à ce moment dramatique. Seuls les trois premiers évangélistes détaillent cet épisode. Nous utiliserons comme fil conducteur le récit de Marc.

1. Le récit de Marc en trois espaces et à trois temps

Le récit tout entier est fortement stylisé. Le découpage en trois espaces et trois temps le montre. Jésus vit ses derniers instants de liberté. Juste avant ce récit il se sépare petit à petit de la foule (Marc 14.1 à 17). Jésus n’est plus qu’avec les douze (Marc 14.17). Le processus de séparation se poursuit ensuite car Jésus annonce la trahison de Juda et le reniement de Pierre (Marc 14.17 à 31). Enfin dans notre récit il s’achève : en trois aller/retour, Marc montre la solitude de Jésus.

Premier aller/retour et définition des trois lieux :
Jésus et le groupe des douze,
plus loin, Jésus et les trois intimes,
encore plus loin, Jésus seul avec Dieu.

Situation de départ : « Jésus et les douze », le grand groupe
Ensuite ils vont à un endroit appelé Gethsémané. Jésus dit à ses disciples : « Asseyez-vous ici (l’expression marque bien la séparation entre la plupart des douze et Jésus) pendant que je vais prier. » Il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean. Il commence à être inquiet et très effrayé, et il leur dit : « Mon cœur est triste à en mourir. Restez ici, ne dormez pas. »

Situation d’arrivée : « Jésus et les trois » : Pierre, Jacques et Jean constituent, chez Marc, un groupe de disciples particulièrement proches de Jésus. L’évangéliste mentionne ce groupe à chaque fois qu’il veut souligner un moment important de la vie de Jésus.
Marc 5.37 : Jésus va guérir la fille du chef de la synagogue et demande aux quelques témoins de ne rien dire à personne (Marc 5.43). Ici les trois ne sont pas tout à fait seuls avec Jésus.
Marc 9.2 : Jésus prend avec lui les trois disciples et va sur une haute montagne, loin des gens. Là, ils sont seuls avec lui. Suit le récit de la transfiguration de Jésus. Ici ils entourent Jésus, et discutent avec lui.
Un autre épisode montre l’importance des trois disciples au chapitre 13. Mais ici Jean est également avec eux. Jésus explique aux quatre les souffrances à venir et le retour du Fils de l’Homme.

Situation de départ : « Jésus et les trois »
Il va un peu plus loin. Il se jette à terre et il demande à Dieu d’éloigner ce moment de souffrance, si c’est possible ! Pour la première fois Marc livre le contenu d’une prière de Jésus. Mot araméen : signifie Père dans la langue de Jésus. Marc n’utilise ce mot qu’ici et ajoute sa traduction en grec. Les lecteurs de Marc ne comprennent pas l’araméen. Marc garde l’expression en araméen, signe du respect avec lequel sa communauté sauvegarde le souvenir de la manière dont Jésus s’adressait à Dieu, Père, pour toi tout est possible. Éloigne de moi cette coupe de souffrance « Jésus est pleinement « homme », car, comme tout homme, il cherche à éviter la mort. Contraste : c’est la première fois, selon Marc, qu’il appelle Dieu « Père ». Pourtant, ne fais pas ce que je veux, mais ce que tu veux. »

Situation d’arrivée : « Jésus seul »

Deuxième aller/retour
Jésus revient vers les trois disciples et les trouve endormis. Il dit à Pierre Marc ne rapportera plus ce que prie Jésus (il dit simplement qu’il fait la même prière) mais détaille davantage les reproches qu’il fait à ses disciples : « Simon, tu dors ? Tu n’as pas eu la force de rester éveillé, même pendant une heure ? Restez éveillés et priez pour pouvoir résister quand l’esprit du mal vous tentera. Vous désirez faire le bien, mais vous n’avez pas la force de résister au mal. » Jésus s’éloigne encore et il fait la même prière. Il revient vers les trois disciples et il les trouve endormis. Ils ne peuvent garder leurs yeux ouverts. Le sommeil des disciples : Il semble insurmontable et fait écho à la mort de Jésus qu’il aimerait surmonter mais qui est, elle aussi, insurmontable et ils ne savent pas quoi lui dire.

Troisième aller/retour
Une troisième fois, Jésus s’éloigne et il revient. Il dit à ses disciples : « Vous dormez encore et vous vous reposez ? C’est fini ! C’est le moment ! Le Fils de l’homme va être livré aux mains des pécheurs ! Levez-vous, allons ! Voyez, l’homme qui me livre est arrivé ! »

L’évangéliste montre clairement le processus qui amène à la solitude de Jésus dans la mort. Il dépeint Jésus comme étant pleinement humain puisqu’il est angoissé par sa fin comme le serait n’importe quel être humain à sa place. Il choisit cependant cet instant pour montrer à quel point Jésus est proche de Dieu, car Jésus appelle Dieu « Père » pour la première fois dans le récit de l’évangéliste.

Le récit est traversé par une autre dualité : celle qui se trouve en tout être humain. « Vous désirez faire le bien mais vous n’avez pas la force de résister au mal », s’écrie Jésus. L’évangéliste est sans doute influencé par des milieux juifs de l’époque, peut être esséniens. Selon ce courant de pensée Dieu a mis en l’homme un esprit orienté vers le bien mais il est en même temps soumis au pouvoir du mal. Il est dans sa totalité écartelé entre ces deux puissances. Il ne s’agit pas d’une séparation en deux parties, corps opposé à esprit, comme dans la pensée grecque.

2. Les récits de Matthieu et Luc

L’évangéliste Matthieu reprend les trois points forts de Marc :
– Jésus se retrouve de plus en plus isolé au fur et à mesure qu’il avance vers sa mort ;
– Jésus, alors qu’il appelle Dieu « Mon Père », est angoissé par l’épreuve à venir comme le serait tout être humain ;
– Jésus reprend le discours de certains cercles du judaïsme de son temps : « Vous désirez faire le bien, mais vous n’avez pas la force de résister au mal. »

Matthieu cependant donne plus de détails sur le texte de la prière prononcé par Jésus. Selon Matthieu et contrairement à Marc, la seconde prière diffère de la première puisque Jésus y exprime avant tout son obéissance à la volonté de Dieu. Comme Marc, avec le jeu des trois espaces et des trois temps, Matthieu met en scène l’isolement progressif de Jésus dans la souffrance. Il ajoute une dimension supplémentaire : l’obéissance de Jésus à la volonté de son Père. De ce fait la fin dramatique de Jésus est lié à l’accomplissement de sa mission bien davantage qu’elle ne découle du destin tragique d’un humain aux prises avec des forces hostiles qui le dépassent.

Luc ne dramatise pas son récit de la même manière que Marc et Matthieu. Luc centre sont récit sur la souffrance et l’angoisse de Jésus et surtout sur l’aide qu’il reçoit du ciel sous la forme d’un ange. L’épisode rappelle le découragement du prophète Elie réconforté par un ange (1 Roi 19.4 à 8). Le récit est entouré par les deux exhortations à prier pour ne pas tomber dans la tentation (versets 40 et 46).
Le plan est clair :
Exhortation à ne pas tomber dans la tentation.
Expression de l’angoisse de Jésus par le recours à des paroles au style direct.
Aide de l’ange.
Expression de l’angoisse de Jésus par le descriptif de son attitude.
Exhortation à ne pas tomber dans la tentation.

Luc veut exhorter ses lecteurs à la vigilance tout en annonçant « l’aide du ciel » dans les moments difficiles. Il met moins en valeur la solitude de Jésus. Il excuse les disciples en écrivant qu’ils dorment « de tristesse », ce qui atténue également l’effet de solitude de Jésus.

Crédit : Claude Demissy, UEPAL Union des Eglises protestantes d’Alsace et de Lorraine, 2006 – Point KT




La double fin de la saga de Joseph

La fin d’une saga pleine de rebondissements, Genèse 50. 15 à 21

La genèse se termine par une saga pleine de rebondissements narrant les aventures de Joseph. Derrière cette histoire dont l’origine est très ancienne se cache un message existentiel fondamental : Dieu peut transformer le mal en bien. L’humain peut participer à cette transformation en sachant pardonner le mal commis. Le cycle de Joseph est sans doute l’ensemble le mieux adapté à une approche narrative de l’Ancien Testament.

1. Introduction au cycle de Joseph
Pour bien différencier les analyses historique et littéraire de la Bible.

2. La fin de la saga de Joseph
Pour voir comment l’art de la répétition met en valeur le message essentiel.

3. Résumé de la saga de Joseph
Pour situer le texte dans l’ensemble de l’œuvre.

4. La fiction : porteuse de vérité
Pour distinguer une vérité existentielle d’une simple vérité historique.

5. Une bibliographie
Pour aller plus loin dans la compréhension du cycle de Joseph, de la Genèse et du pentateuque.

1. Introduction à la saga de Joseph

Pour bien différencier les analyses historique et littéraire de la Bible.

Commençons par l’analyse historique. Les historiens peuvent reconstituer trois étapes dans la constitution du roman de Joseph. Sa création proprement dite, remonte sans doute à la période orale, et nous est inconnue. Ensuite les savants peuvent identifier deux traditions écrites.
L’une s’est constituée vers le XIe siècle avant l’ère chrétienne, sans doute à la cour des rois David ou Salomon. Ils règnent sur un territoire correspondant à la Palestine actuelle, avec Jérusalem pour capitale. Ce royaume éclate après la mort de Salomon, en 933 avant l’ère chrétienne. Jérusalem reste la capitale du royaume du Sud.
L’autre, est rédigée un peu plus tard, dans le [royaume du Nord]. Samarie devient la capitale du royaume du Nord après la mort de Salomon, en 933 avant l´ère chrétienne et une tradition littéraire indépendante de Jérusalem s’y développe.

Ces deux récits sont fusionnés par la suite et, vers les VIe-Ve siècles avant l’ère chrétienne, ils acquièrent une forme proche de celle que nous connaissons actuellement.

a. Un lien entre les patriarches et Moïse
Ce récit romanesque explique les raisons pour lesquelles des Hébreux se trouvaient en Egypte à l’époque de Moïse. En effet, la Genèse commence par les récits symboliques sur l’origine du monde (Chapitres 1 à 11), puis par l’histoire des patriarches (Abraham, Isaac et Jacob). Le récit de l’Exode débute lorsque le peuple est esclave en Egypte. Le roman de Joseph, clôturant la Genèse, permet de faire la liaison entre les patriarches et Moïse.

Ainsi l’analyse historique reconstitue les étapes de la création du récit et les raisons pour lesquelles il a été retenu et inséré à cet endroit.

b. Dieu change le mal en bien
L’étude littéraire, quant à elle, permet de comprendre le message central du livre, tel qu’il peut encore parler à nos contemporains. Les derniers versets du roman en donnent, en effet, la clef théologique : « Dieu peut changer le mal en bien ». Au-delà de la réalité historique, le roman exprime cette vérité philosophique à caractère universel. Son intrigue se déroule depuis le complot des frères, jusqu’au pardon final. Des épisodes dramatiques tiennent l’attention en suspens. Ils culminent dans la grande scène où Joseph se fait connaître (Gen. 45). Toutes ces péripéties concourent à énoncer un message essentiel : grâce à Dieu, les (més)aventures humaines suscitent un mûrissement progressif des protagonistes, permettant au bien de triompher du mal, après un long processus d’évolution.

c. Une épreuve qui ouvre les yeux
Au début du roman (Gen. 37.5 à 8) Joseph excite la jalousie de ses frères. Il leur annonce les avoir vu dans un rêve où ils s’inclinaient devant lui. Joseph n’a que dix-sept ans et sans doute avait-il effectivement ce désir de les dominer. Son rêve se réalise vingt-deux ans plus tard, mais pour Joseph, cela n’a plus d’importance. Sa vie n’a plus rien à voir avec ce qu’elle était deux décennies plus tôt, lorsqu’il vivait dans sa famille. Il pardonne à ses frères car il ne désire plus la prééminence sur la fratrie, mais l’harmonie dans la famille. Les frères, quant à eux, comprennent la gravité de leur méfait. L’épreuve qu’ils ont subie leur a ouvert les yeux. Tous les personnages sont donc transformés. Les épreuves et les multiples rebondissements ont servi le dessin de Dieu : permettre aux personnages d’évoluer vers une meilleure vision de la vie.

2. La double fin

(Genèse 50.15 à 21)
Pour voir comment l’art de la répétition met en valeur le message essentiel.

Nous utilisons la traduction de la T.O.B. Edition intégrale, Ancien Testament, Les Editions du Cerf, Les Bergers et les Mages, Paris, 1979, Traduction Œcuménique de la Bible. Elle rend bien la double fin. Certaines traductions atténuent en effet le doublon ne respectant pas ainsi la structure littéraire du texte.

Voyant que leur père était mort, les frères de Joseph se dirent : « Si Joseph allait nous traiter en ennemis et nous rendre tout le mal que nous lui avons causé. » Ils demandèrent à Joseph : « Ton père a donné cet ordre avant sa mort : Vous parlerez ainsi à Joseph : ‘De grâce pardonne le forfait et la faute de tes frères. Certes, ils t’ont causé bien du mal mais, de grâce, pardonne maintenant le forfait des serviteurs du Dieu de ton père’ ». Quand ils lui parlèrent ainsi, Joseph pleura. Ils ponctuent les moments importants du roman : lors de la première rencontre en Egypte (42.24), lorsqu’il revoit Benjamin (43.30) et lorsqu’il se fait reconnaître à ses frères (45.2).

Ici les frères invoquent l’autorité de leur père pour demander pardon. Ils reprennent le discours de Juda du chapitre 44, où il avait pris conscience du mal commis en privant le père de son fils Joseph. La demande de pardon est liée à la compréhension de l’ampleur du préjudice commis.

Transformer le mal en bien
Alors que les frères se sont déjà entretenus avec Joseph le rédacteur indique qu’ils vont le voir. Certains estiment que le rédacteur final n’a pas su harmoniser les deux récits par maladresse. D’autres pensent qu’il a voulu respecter les deux traditions (voir Le roman de Joseph) et les reproduire tel quel. Les exégètes pratiquant l’étude littéraire préfèrent voir dans cette juxtaposition un message du rédacteur : les humains et les faits sont complexes et souvent ambigus. Tout personnage possède une profondeur empêchant d’anticiper « à coup sûr » ses réactions. Tout événement peut être interprété de plusieurs manières. Il ne peut, ni ne doit y avoir d’explication unilatérale des destinées humaines.

Ses frères allèrent d’eux-mêmes se jeter devant lui et dirent : « Nous voici tes esclaves ! » Joseph leur répondit : « Ne craignez point. Suis-je en effet à la place de Dieu ? Vous avez voulu me faire du mal, Dieu a voulu en faire du bien : conserver la vie à un peuple nombreux comme cela se réalise aujourd’hui. Désormais, ne craignez pas, je pourvoirai à votre subsistance et à celle de vos enfants. » Il les réconforta et leur parla cœur à cœur.

Ce passage reprend le discours de Joseph du chapitre 45, versets 4 à 8. Les répétitions constituent un procédé littéraire très important dans la littérature biblique. Souvent de légères différences sont voulues par le rédacteur. Les détecter permet de mieux saisir le projet de l’écrivain. Ici Joseph indique la réalisation de la prévision faite en 45.7 (permettre à beaucoup d’entre vous d’en réchapper). Nuance importante : ce « beaucoup d’entre vous » est devenu « conserver la vie d’un peuple nombreux ». Il rappelle le message déjà exprimé au chapitre 45. Dieu transforme le mal en bien. Sans le mal commis contre Joseph, ce dernier n’aurait pas pu faire carrière en Egypte, et permettre finalement, à sa famille d’échapper à la famine. Au verset 19 Joseph dit clairement qu’il interprète les faits comme relevant de la volonté de Dieu. Dans le discours du chapitre 45 il avait précisé « ne soyez pas tourmentés de m’avoir vendu ici, car c’est Dieu qui m’y a envoyé avant vous pour vous conserver la vie » (45.5). Ainsi Joseph pardonne totalement à ses frères en leur ôtant toute responsabilité dans le forfait commis jadis. Au contraire, ils agissaient pour le bien de tous !

Ce roman veut montrer comment Dieu peut changer un mal en bien, mais cette transformation n’est possible que grâce à la repentance et au pardon.

3. L’histoire de Joseph

Pour situer le texte dans l’ensemble de l’œuvre.

Chapitre 37
Versets 1 à 11 : Joseph fait deux songes qui lui annoncent son futur règne. Ses frères sont jaloux.
v.12-36 : Ses frères se vengent en le jetant dans une fosse ; il est récupéré par une caravane, emmené en Egypte, vendu comme esclave à Potiphar.
Chapitre 38
Récit avec Juda un des frères de Joseph et Tamar, veuve des fils de Juda.
Chapitre 39
v.1-6 : Joseph est élevé au rang de majordome.
v.7-20 : La femme de Potiphar accuse Joseph d’avoir voulu abuser d’elle. Joseph est emprisonné.
Chapitre 40
Joseph interprète les songes de l’échanson et du panetier emprisonnés avec lui. L’échanson, libéré, promet de défendre la cause de Joseph, mais Joseph reste en prison.
Chapitre 41
v.1-36 : Joseph est amené auprès de Pharaon afin qu’il interprète ses songes.
v.37-57 : Joseph est rétabli dans sa charge de majordome. La famine est gérée selon sa
proposition. Il se marie avec une égyptienne.
Chapitre 42
v.1-5 : Les israélites doivent venir se ravitailler en Egypte.
v.6-24 : Première rencontre entre Joseph et ses frères; il exige la venue de Benjamin en gardant Siméon en otage.
v.25-38 : Les frères reviennent en Canaan, trouvent l’argent dans les sacs ; Jacob refuse de laisser partir Benjamin.
Chapitre 43
v.1-15 : La famine s’aggrave ; Jacob accepte le départ de Benjamin.
v.16-34 : Seconde rencontre : un repas est servi aux frères chez Joseph.
Chapitres 44 et 45
Benjamin est accusé de vol d’argenterie. Joseph se fait reconnaître. Demande de faire venir son père. Retour des frères en Canaan.
Chapitres 46 et 47
Retrouvailles familiales. Avec l’accord de Pharaon, le clan s’installe dans la région de Goshen.

La victoire contre le serpent
La fin du roman de Joseph expose la victoire contre le serpent de Genèse 3. Dieu avait annoncé que les descendants d’Eve écraseront la tête du serpent (Gen. 3.15). C’est chose faite lorsque Jacob annonce à ses frères que Dieu a transformé le mal en bien (Gen 50.20). A l’origine le serpent tourne le bien en mal. Lorsqu’il apparaît (Gen. 3.1) il utilise la parole de vie de Dieu (Gen. 2.16 et 17) pour écarter l’humain de la vie en l’amenant à se plier à la logique « animale » de l’envie et de la convoitise. Selon André WENIN (« Lire la Genèse comme un récit. Quelques clefs », dans : Daniel MARGUERAT (sous la direction de), Quand la Bible se raconte, Editions du Cerf, Paris, 2003, page 46), la fin de la Genèse montre comment Joseph parvient à maîtriser la part d’animalité tapie aux profondeurs de l’humanité en rendant le bien pour le mal, au lieu de rendre le mal pour le mal. C’est l’interprétation centrale de la genèse proposée par André WENIN. Renoncer à la maîtrise de tout, consentir aux limites, tel semble bien être, dans la genèse, la voie de ceux que Dieu élit pour être porteurs de sa bénédiction (André WENIN : « Lire la Genèse comme un récit… », page 47). Il s’agit de l’antidote du poison du désir de « tout savoir », décrit dans Genèse 2.17, où « le fruit défendu » c’est celui de l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

Le roman présente une intrigue qui se déroule depuis le complot des frères, jusqu’au pardon final, et des épisodes dramatiques qui tiennent l’attention en suspens et culminent dans la grande scène où Joseph se fait connaître (Gen. 45). Il présente une analogie avec les sagas islandaises où un héros jalousé par ses frères doit s’exiler, réussit dans son pays d’adoption et revient riche pour devenir le bienfaiteur de ceux qui l’avaient rejeté (Culture Biblique, Presses Universitaires de France, Paris, 2001, page 124).

Nous apprenons par la fiction.

4. La fiction porteuse de vérité

Pour distinguer une vérité existentielle d’une simple vérité historique.
Une vérité historique n’a d’intérêt que si elle devient une vérité existentielle.
Une vérité historique relate des faits. La vie de nomades sémites au second millénaire avant l’ère chrétienne ressemblait sans nul doute à ce qui est décrit dans le roman de Joseph. Mais la vie « historique » de Joseph n’a en soit guère d’intérêt. Des milliers d’hommes et de femmes ont vécu à cette époque toutes sortes d’aventures sans doute passionnantes. Mais la Bible est un témoignage de foi. Les faits bruts doivent s’effacer car c’est leur sens pour la foi qui doit être mis en valeur. De ce point de vue, seule la fiction peut donner à des faits une valeur universelle. En effet toute vie concrète est trop datée dans l’espace et dans le temps pour acquérir une valeur universelle. Seule la fiction peut rendre compte de vérités aussi complexes que la relation entre Dieu et les humains.

C’est ce qu’exprime avec brio Robert ALTER « L’art du récit biblique, Traduit de l’anglais par Paul LEBEAU et Jean Pierre SONNET, Editons Lessius (Collection : Le livre et le rouleau), Bruxelles, 1999, 265 pages. Nous reproduisons des extraits des pages 238 et 239 lorsqu’il écrit « La fiction sert de loupe à l’écrivain biblique ».

La fiction sert de loupe
Que signifie exister lorsque l’existence est à ce point partagée ? Capable d’aimer son frère par intermittence, l’homme peut, davantage encore, le haïr ; il est à même d’éprouver du ressentiment, voire du mépris à l’égard de son père, mais aussi de lui témoigner le plus profond respect final ; d’osciller entre une ignorance désastreuse et une connaissance imparfaite ; d’affirmer farouchement sa liberté, mais aussi de se reconnaître inséré dans une trame d’événements qui est l’œuvre de Dieu ; d’apparaître extérieurement comme un « caractère » bien défini, et d’être agité intérieurement par des courants tourbillonnants de cupidité, d’ambition, de jalousie, de lascivité, de piété, de courage, de compassion, et de combien d’autres choses encore. La fiction sert de loupe à l’écrivain biblique, elle lui permet de percevoir et de faire percevoir de manière plus nette les paradoxes sans fond de la condition créée de l’homme.

Penser la réalité humaine
Ceci explique pourquoi les anciens récits hébraïques nous donnent aujourd’hui encore une telle impression de vie, et pourquoi il vaut la peine d’apprendre à les lire en tant qu’œuvres d’art littéraire. Ce fut un défi de penser la réalité humaine à la lumière, radicalement nouvelle, de la révélation monothéiste. L’imagination fictionnelle en disposant d’une gamme étendue de procédés narratifs, soulignant tantôt la complexité des choses et tantôt leur unité, a ouvert une voie en ce sens, précieuse entre toutes. En recourant à la fiction, en effet, les auteurs de la Bible ont légué à notre tradition culturelle un lieu indépassable d’intelligence des voies de l’esprit humain. Et c’est en nous efforçant de mieux comprendre la singularité de l’art de ces auteurs que nous parviendrons à mieux entrer dans celle de leur vision.

Sur la question de la vérité de la fiction dans un document pédagogique, voir Sophie ZENTZ-AMEDRO, Jonas, un conte philosophique et humoristique, Paris, SED, 2002, Dossier du catéchète et livre catéchumène.

5. Une bibliographie
Pour aller plus loin dans la compréhension du cycle de Joseph, de la Genèse et du Pentateuque.

Etude historique :
En bref : Bernard GILLIERON, La Bible n’est pas tombée du ciel, l’étonnante histoire de sa naissance, Editions du Moulin, Aubonne, 1988, pages 17 à 38 ; Daniel BACH, L’Ancien Testament dans tous ses états, Editions du Moulin, Poliez-le-Grand, 1997, pages 20 à 23.
Plus copieux : Henri CAZELLES (sous la direction de), Introduction à la Bible, édition nouvelle, Tome II, Introduction critique à l’Ancien Testament, Desclée, Paris, 1973. Cette étude présente une analyse historique de la Genèse pages 177 à 204 pour le récit du XIe siècle, pages 206 à 215 pour le récit du Royaume du nord et pages 223 à 237 pour la forme actuelle. Pour la chronologie de l’histoire biblique, il suffit de se reporter au tableau figurant à la fin du tome 1 de la Traduction Œcuménique de la Bible, édition intégrale, Editions du Cerf et Edition Les bergers et les mages, Paris, 1975.

Etude littéraire
Olivier MILLET et Philippe de ROBERT, Culture biblique, Presses Universitaires de France, Paris, 2001. Les auteurs présentent le cycle de Joseph comme un « récit romanesque » et le comparent aux sagas, page 124 et 125.
A notre connaissance il n’existe pas actuellement d’étude littéraire du roman de Joseph. L’étude littéraire de la Bible ne se développe en effet que depuis une vingtaine d’années. Seul Robert ALTER, propose une lecture attentive du chapitre 42 de notre roman, L’art du récit biblique, Traduit de l’anglais par Paul LEBEAU et Jean-Pierre SONNET, Editons Lessius (Collection : Le livre et le rouleau), Bruxelles, 1999, pages 216 à 239.
La dernière publication en langue française reprenant l’ensemble des recherches sur l’étude littéraire de la Bible a été dirigée par Daniel MARGUERAT, La Bible en récits, l’exégèse biblique à l’heure du lecteur, Labor et Fides, Genève, 2003. L’introduction de MARGUERAT présente bien l’état de la réflexion sur cette nouvelle façon de lire la Bible (pages 15 à 40).
Pour débuter dans cette forme d’étude de la Bible utiliser : Daniel MARGUERAT et Yvan BOURQUIN, Pour lire les récits bibliques, Les éditions du Cerf, Labor et Fides, Novalis, Paris, Genève, Montréal, 1998, 240 pages.

Crédit : Claude DEMISSY, Service de la catéchèse de l’Union des Eglises Protestantes d’Alsace et de Lorraine, 2006 – Point KT