L’ange au cinéma
Depuis qu’il a déserté les bancs des églises pour se glisser dans l’imagination des artistes, l’ange a beaucoup à signifier. Qu’il soit littéraire ou cinématographique, qu’il soit heureux ou malheureux, il nous renvoie sans cesse à notre rapport au monde et à Dieu.Ainsi, si l’ange est encore un messager, il est un messager que le monde s’envoie à lui-même, ou bien encore messager en son nom propre. L’ange est un message urgent, désespéré, un dernier message avant la catastrophe, avant l’indifférence, avant la vie chacun pour soi, avant que les autres ne soient plus visibles, ou ne soient plus que des instruments. En un mot, l’ange est un signe qui annonce aux hommes qu’ils se suicident. Il signifie que nous vivons une époque d’urgence éthique. Mais dans un monde qui va vers la ruine existentielle sans le savoir ou sans y prendre garde, les anges pourraient bien un jour cesser d’espérer, décrétant que la terre n’est pas plus un lieu de refuge que le paradis ou l’enfer.
Aussi, en même temps que le signe du désistement divin, l’ange est un appel à la responsabilité et à l’éthique : il rêve encore d’une humanité qui pourrait se survivre, qui pourrait faire entendre la voix de l’espérance, qui voudrait préserver cette vie que nous semblons mépriser, à laquelle nous attentons sans cesse, alors que lui-même nous l’envie. Il veut nous persuader que chaque être est unique, que chacun a quelque chose à construire et à communiquer, que la façon dont nous menons notre vie influence ce qui nous entoure, que chacun gagne à être aimé, et que nous pouvons, et même devons, prendre le risque d’aimer.
Se faisant le signe de la désespérance du monde, il ouvre par son empathie un espace poétique de possibles et de régénérescences. Il nous signale que c’est à nous d’œuvrer, individuellement et collectivement, si nous voulons vivre, et vivre ensemble. L’entendrons-nous, ou le laisserons-nous s’épandre dans le néant, lassé, ainsi que ce Dieu que nous n’avons pas su garder ?
Crédit : Point KT