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Les fruits de la vigne

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  • Pourquoi te lamentes-tu vigneron?
  • J’ai une terre, une belle et riche terre, une terre que j’aime. J’y ai mis une vigne, un plan délicat, que j’ai traité avec beaucoup d’attention.
  • Comme une mère qui prend soin de son enfant.
  • Crois-tu qu’il soit facile de planter une vigne?

– J’imagine qu’il faut d’abord creuser la terre.
– Se donner beaucoup de peine.
– Enlever les grosses pierres.
– Guider la croissance de la vigne.
– Mettre de l’engrais dans la terre.
– Lui consacrer beaucoup de soin, d’attention, d’amour.
– Ajouter des produits pour tuer les parasites.
– Pas trop toxiques, pour qu’ils ne tuent pas la bonne plante.
Mais il est important d’aider la vigne à résister au mal.
– Veiller à ce que la vigne soit régulièrement arrosée.
– Et lui parler tous les jours.
Il est très important de parler aux plantes, tous les jardiniers vous le diront.
– Encore faut-il que la plante écoute ! Que la plante comprenne !
– Mais ce n’est pas tout.
– Il faut aussi élaguer la vigne, couper les branches mortes.
– La libérer de tout ce qui empêche sa croissance.
– As-tu vraiment accompli tout cela, vigneron ?
– Oui, j’ai tout accompli. J’ai tout donné pour ma vigne.

– Et ensuite, vigneron, qu’as-tu fait ?
– J’ai attendu que le fruit apparaisse, que le grain mûrisse.
– Il faut de la patience.
– Beaucoup de patience.
– Voici enfin venu le temps des vendanges !
– Après tout le mal que je me suis donné pour ma vigne, toute la peine qu’elle m’a coûté…
J’attendais qu’elle porte de bons fruits.
– Des fruits pulpeux, gorgés de sucre, au goût délicieux.
– Des fruits aussi bons que bienveillance.
– Patience.
– Bonté.
– Douceur.
– Paix.
– Joie.
– Foi.
– Maîtrise de soi.
– Amour.
– N’était-ce pas dans l’ordre des choses, après tout ce que tu as fait pour ta vigne ?
– Si ! J’attendais un vin délicieux. Pourquoi n’ai-je eu qu’une infâme piquette

  • Il faut croire que les fruits étaient mauvais
  • Mauvais comme discorde.
  • Emportement.
  • Envie.
  • Rivalités.
  • Jalousie.
  • Débauche.
  • Haine

Voilà donc pourquoi tu te lamentes, vigneron !
– Voilà pourquoi je pleure sur ma vigne.
– Si la vigne donne des fruits si mauvais, ne vaudrait-il pas mieux l’arracher ?
– Non ! Jamais je n’arracherai ce que j’ai planté de mes propres mains.
– Alors ?
– Mais il me prend l’envie de laisser ma vigne livrée à elle-même.
Je ne la nourrirai plus, je ne la taillerai plus, je ne la surveillerai plus, je m’en désintéresserai,
Elle sera proie facile pour les bêtes sauvages et les voleurs.
– Que deviendra la vigne ?
– Les brigands pourraient bien la ravager, couper les sarments, les emporter pour les replanter chez eux.
– Pauvres imbéciles. Comment un sarment pourrait-il croître s’il est séparé du cep ?
– Comment pourrait-il porter des fruits s’il est privé de la sève qui le nourrit ?
– Coupé du cep, un sarment se dessèche, meurt, n’est plus bon à rien.
– J’aime trop ma vigne pour cela.
– Alors, que faire ?

– Je pourrais… lui redonner une nouvelle chance.
– Pour que la vigne produise enfin de bons fruits !
– Que ma vigne se laisse tailler par moi, qu’elle écoute ma voix.
– Que le peuple se laisse guider par les instructions de Dieu,
Qu’il écoute la voix de Dieu.
– Et j’attendrai avec impatience le temps de la récolte, car…
Ne dit-on pas que les vendanges tardives sont les meilleures ?

Auteure : Anne-Laurence Gutbub