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Le rendez-vous de Jésus avec la femme samaritaine

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Drôle de rencontre que celle de Jésus avec la femme samaritaine ! Non seulement ce tête-à-tête n’avait a priori aucune chance d’avoir lieu, mais, en plus, la conversation s’engageait tel un dialogue de sourds. Pourtant, l’issue est éclatante de vérité et permet la « vraie » rencontre entre Jésus et cette femme.
Voici une proposition de textes imaginés comme un bilan de cette journée, bilan réalisé par 3 protagonistes de l’histoire : un disciple, Jésus et la femme samaritaine.

Texte du disciple

Certains jours, j’ai dû mal à comprendre Jésus. Aujourd’hui a été un de ces jours.

D’abord il nous a annoncé qu’il devait traverser la Samarie. La Samarie ! Mais quelle idée ! Cette terre d’impies, d’hérétiques, les Samaritains sont nos ennemis depuis des siècles.

Sans compter que la route est moins facile. Franchement, on aurait pu regagner la Galilée en remontant la vallée du Jourdain, depuis la mer Morte jusqu’au Lac de Galilée. Le chemin est moins vallonné et surtout plus sûr. Mais non, il fallait qu’il aille en Samarie. Dieu sait pourquoi !

On l’avait laissé là vers midi, près du puits de Jacob, on voyait bien qu’il était fatigué. Alors nous, ses disciples, on est allé acheter quelques vivres.

Quand plus tard on l’a rejoint les paniers remplis, je n’en ai pas cru mes yeux ! Monsieur était en pleine conversation avec une femme. Une femme samaritaine, j’entends ! Avec lui, c’est vrai qu’en terme de fréquentations, ça a toujours été un peu limite, mais là je crois qu’il a dépassé toutes les bornes ! Un homme juif ne peut pas être en train de parler à une femme samaritaine, ça ne se fait pas. C’est socialement et religieusement incorrect.

Et après ça, on s’étonne qu’on ait mauvaise réputation !

J’ai bien vu que mes compagnons étaient aussi étonnés, disons même plus choqués que moi. Si bien qu’on n’a rien dit, rien montré, on a fait comme si de rien était. Ça valait mieux…

De toute façon, la femme s’est tout d’un coup volatilisée. Je ne sais pas quelle mouche l’a piquée, mais elle est partie en laissant sa cruche sur la margelle du puits. Bizarre !

Nous en avons profité pour déballer nos paniers et manger un morceau. Mais Jésus ne semblait pas très affamé. Il nous a dit qu’il avait à manger une nourriture que nous ne connaissions pas. Quelqu’un lui aurait-il offert un repas pendant notre absence ? Il nous a expliqué que sa nourriture était de faire la volonté de celui qui l’avait envoyé, et d’accomplir son œuvre. Ça semblait bien mystérieux, mais on a bien compris qu’on ne parlait pas de la même nourriture.

Bref, en tout cas, sa présence ici en Samarie n’est pas passée inaperçue. Je ne sais pas ce que cette femme a pu raconter, mais beaucoup de Samaritains sont venus rencontrer Jésus et ont cru en lui. Ça nous a tous scotchés !

Résultat des courses : on va rester deux jours en Samarie. Ben ça promet !

Texte de Jésus

Aujourd’hui a été un grand jour. J’avais un rendez-vous important… Pour l’honorer, il me fallait changer notre itinéraire habituel et aller en Samarie. Mes compagnons n’ont pas été ravis, mais c’était ma mission. L’heure était venue de parler à des non-juifs, de parler à des Samaritains, ce peuple méprisé depuis si longtemps, trop longtemps.

Le rendez-vous devait avoir lieu au puits de Jacob, forcément, il n’y avait pas de meilleur endroit pour une rencontre aussi intense. J’avais pris soin d’envoyer mes amis acheter de quoi manger et j’ai attendu là, assis au bord de ce puits. Il est vrai que j’étais un peu fatigué et assoiffé. Mais j’avais surtout soif de rencontrer celle qui m’a été envoyée, une femme samaritaine, celle qui sera ma première ambassadrice dans ce pays.

Elle est arrivée au plus chaud moment de la journée. C’est dire qu’elle ne voulait croiser personne sur sa route. J’ai tout de suite senti que sous son apparence fière, se cachait un être qui a souffert, qui a souffert en amour et qui souffre encore.

Quand elle s’est approchée, elle m’a ostensiblement ignoré. Pour autant, je ne l’ai pas quittée des yeux. Alors je lui ai demandé le plus naturellement du monde de me donner à boire. Sa réaction a été vive : elle m’a jeté un de ses regards et s’est exclamée : « Mais tu es juif ! Comment oses-tu donc me demander à boire ? »

Le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle n’avait pas la langue dans sa poche !

Et puisque la conversation s’engageait sans aucun détour, je pouvais poursuivre. Au début, je l’ai sans doute intriguée avec mes paroles. Elle cherchait à tout prix à rester sur le terrain matériel : l’eau qu’elle vient chercher au puits, le moyen de la puiser, le lieu où il faut adorer. Moi, je lui parlais d’eau vive… Je voulais ouvrir son cœur à une autre réalité.

Ce ne fut pas facile pour elle de quitter ses raisonnements et encore moins facile de se débarrasser de ses couches de précaution qu’elle a ingénieusement mises en place au fil de ses déceptions amoureuses ! Et pourtant, la vraie soif, elle l’avait au plus profond d’elle.

En fin de compte, cette femme m’a demandé de lui donner de cette eau vive. Pensait-elle avoir accès à une eau intarissable à boire chaque jour ? Ou écoutait-elle son désir plus profond ? En tout cas, elle était sur la bonne voie. Et là, au risque de la choquer, je lui ai répondu d’aller chercher son mari. Bien sûr, je connaissais sa situation, mais il fallait en passer par là, même si cela peut paraître coûteux : se mettre dans la vérité. Je n’étais pas là pour la juger, ni pour la blesser, mais pour la désembourber de son marécage, pour l’aider à émerger de ce qui lui fait mal et pour la guider vers la lumière.

Et puis l’histoire amoureuse, triste et décevante de cette femme, c’est un peu l’histoire idolâtrique des Samaritains, infidèle à l’unique époux qu’est le Seigneur Dieu. Et ma mission était de me tenir face à ce peuple pour lui dire que Dieu ne l’a jamais abandonné et qu’il l’appelle maintenant à le suivre.

Finalement, cette femme a accepté de baisser sa garde et de se dévoiler telle qu’elle est. Devant tant de vulnérabilité et de vérité, je lui ai, à mon tour, révélé qui j’étais, comme jamais je ne l’avais fait auparavant.

Oui, aujourd’hui a été un jour important avec un rendez-vous important.

Texte de la femme samaritaine

Quelle journée ! Mais quelle journée ! Pourtant tout a commencé comme n’importe quel autre jour. J’ai l’habitude depuis si longtemps d’aller puiser de l’eau vers midi, quand il fait trop chaud pour les autres villageoises. Elles, elles se déplacent dans les fraîcheurs du matin, quelquefois je les entends parler, même chanter ensemble. Je ne les accompagne plus depuis très longtemps. Je préfère rester en retrait, je sens bien que je ne suis pas la bienvenue, pas après mes cinq mariages et encore moins depuis que j’ai à nouveau un homme dans ma vie.

Je sais ce qui se raconte dans mon dos et je vois bien les regards accusateurs quand je croise mes voisines. Non, vraiment, je préfère sortir seule, même au plus chaud de la journée, c’est mieux ainsi.

Aujourd’hui, pourtant, si j’ai désiré éviter toute compagnie, c’était raté. Quand je suis arrivée au puits, il y avait là, assis sur la margelle, un homme juif. J’ai fait comme si je ne le voyais pas. Pas question de croiser son regard, j’y aurais forcément lu du mépris. J’étais doublement infréquentable aux yeux de cet étranger, comme femme et comme Samaritaine. Et encore il ne savait pas ce qu’était ma vie !

Je sentais que lui, au contraire, ne me quittait pas des yeux. Je m’étais dit que j’aurais mieux fait de me couvrir davantage, il risquait de se faire des idées…

Contre toute attente, il s’est adressé à moi pour me demander de lui donner à boire. J’ai failli en faire tomber ma cruche ! J’ai dû me ressaisir très vite, je l’ai regardé comme je sais le faire, pour que le noir de mes yeux impressionne mon interlocuteur. Ça ne l’a pas perturbé : son regard à lui était doux. C’est plutôt moi qui étais troublée. Cet homme était-il tombé du ciel ? Ne connaissait-il pas l’hostilité entre Juifs et Samaritains ? Et ne savait-il pas qu’il est interdit pour un homme, en particulier un rabbi, de dialoguer avec une femme ? De plus, il était venu au puits pour boire, mais n’avait pas de quoi puiser l’eau. Vraiment, il semblait tombé du ciel !

La conversation s’est ensuite très vite engagée. Impensable ! Heureusement, on était seuls…

Cet homme s’est montré très habile pour me faire parler. Mais moi, je me tenais sur mes gardes, on ne sait jamais !

Au fil de la discussion, j’ai bien senti qu’il n’était pas n’importe qui. Un prophète, c’est sûr ! et peut-être davantage…

Quand il m’a parlé de l’eau vive qu’il donne et qui permet de ne plus jamais avoir soif, je n’ai pas bien compris, mais mon cœur a tressailli. Quelle est donc cette eau ? Normalement, elle ne peut venir que de ce puits, il faut la puiser et la cruche est lourde à porter. Elle se vide très vite et il faut recommencer. Alors oui, je la désirais cette eau. Ou parlait-il de quelque chose de plus profond ? C’est vrai que rien qu’à l’écouter, c’était déjà comme de boire, boire jusqu’à plus soif, boire une eau longtemps attendue. Jamais personne ne m’avait parlé ainsi.

C’est là qu’il me demanda de chercher mon mari. Et je me suis dit « Nous y voilà ! C’est toujours la même histoire. N’avais-je pas assez souffert, fallait-il qu’on me tourmente encore et encore ? » Cependant, le regard de cet homme était d’une telle douceur… Mon intuition me dictait qu’il ne me voulait aucun mal, bien au contraire. Mais ça n’a pas été facile de lui dire la vérité. Pourtant, je dois reconnaître que je me suis sentie comme libérée d’un poids.

Et puis, il n’aurait servi à rien de lui raconter des histoires, il connaissait déjà ma vie. C’était bien la preuve qu’il était prophète.

Vraiment je sentais que cet homme était quelqu’un d’important, de grand. Serait-il celui qui doit venir, le Messie ?

À présent, je connais la réponse, il m’a tout dit. Moi qui pensais m’être mise à nue… lui, en retour, m’a donné tellement plus !

Je ne sais ce qui m’a pris à ce moment-là mais il fallait absolument que je retourne au village pour raconter tout ça. Je crois même que j’en ai oublié ma cruche.

Ah quelle journée, quelle journée inoubliable !

Crédit : Evelyne Lutz (UEPAL), photo pexels.com